Parlons un peu de troubles du comportement alimentaire…

Il gravite autour des troubles du comportement alimentaire un certain nombre de clichés : « C’est juste un truc d’ado qui fait sa crise », « les personnes qui font ça ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes, elles sont responsables de leur maladie », « C’est juste pour se rendre intéressante et ressembler à une top model… ».

Bien que les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont abordés dans mes cours, moi-même j’avais du mal à me rendre compte de ce que cela impliquait réellement. Puis un jour, j’ai découvert le profil instagram de Marie-Ange.

Marie-Ange n’a jamais été en surpoids, mais elle ne s’est jamais sentie à l’aise avec son corps.

Un début de 4e année de médecine difficile, une situation sentimentale un peu bancale et une faible confiance en soi qu’elle « traine depuis toujours »… Trois facteurs qui en 2015 l’ont poussée à faire un régime amincissant : « Quelques kilos, 5 ou 6, pour me sentir mieux dans mon corps et dans ma tête » pensait-elle.

Aujourd’hui, Marie-Ange a 23 ans et elle est en 6e année de médecine militaire dans la région de Lyon.

Vous la connaissez peut-être grâce à son compte Instagram @90pour100healthy, où elle documente son parcours de battante. Et vous l’avez peut-être deviné par le titre, elle a souffert de troubles du comportement alimentaire. Je l’ai contactée et elle a gentiment accepté de nous raconter son histoire.

Comment est-ce que ça a commencé ?

Fin 2015, elle s’adresse à son médecin, et celle-ci lui prescrit un programme diététique. Hélas, une fois le régime terminé et les quelques kilos envolés, aucun rendez-vous de suivi.

« Même si je voue une haine profonde à cette médecin, je ne la rends pas complètement responsable de ma descente aux enfers. Je pense que la machine était enclenchée quoi qu’il advienne. »

Par peur de reprendre du poids, elle continue le régime et sans vraiment s’en rendre compte, elle commence à bannir certaines petites choses de son alimentation, en se répétant qu’elle en a pas tant besoin que ça. Sauf que de petites choses en petites choses, elle se retrouva à manger uniquement des crudités, de la salade sans sauce… Et des pommes.

« Heureusement d’ailleurs, parce que maintenant que j’y pense, les pommes étaient ma principale source d’énergie ».

A cette époque, Marie-Ange se pesait si fréquemment qu’elle ne voyait pas que son poids dégringolait dangereusement. Elle avait un sentiment de contrôle. Une phase « lune de miel »: Tout allait bien, elle maigrissait, mais sans voir les effets secondaires.

Mars 2016. C’est après un dîner au restaurant à l’occasion de son anniversaire qu’elle vit sa première crise de boulimie.

Petite parenthèse explicative : les troubles du comportement alimentaire ont une terminologie bien précise, qu’on peut retrouver dans le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux). Ci-dessous, un résumé grossier et non exhaustif à la Lazy French Girl des 3 types « classiques » de troubles du comportement alimentaire :

Un petit résumé des troubles du comportement alimentaire principaux : L'anorexie, la boulimie, le Binge Eating disorder

Après cette première crise, une autre s’est produite quelques temps plus tard. C’est à ce moment, avec le sentiment d’une perte de contrôle totale, que Marie-Ange s’est rendue compte qu’elle avait développé une relation à la nourriture « complètement pathologique »: Elle ne pouvait manger autre chose que de la verdure dans son quotidien, et parallèlement, elle était capable d’avaler des quantités astronomiques de choses « interdites » en une demi-heure.

Elle décide alors d’appeler une psychologue de son plein gré. « Ma psychologue m’a sauvé la vie, dans tous les sens du terme : […] quand j’ai passé la porte de son cabinet, et qu’elle m’a demandé pourquoi je venais la voir, j’ai pleuré pendant 45 minutes ».

Bien qu’à la vue de son IMC on ne considèrerait pas cela comme un cas sévère, sa qualité de vie avait beaucoup diminué : obsessions alimentaires, refus des sorties, isolement, perte de vie sociale… Car pas question de mettre les pieds dans un restaurant ou participer à un apéritif…

Cependant, consultation ne rime pas avec rémission immédiate : au début, les compulsions et les comportements compensatoires se sont enchaînées à toute vitesse pendant environ un mois, puis elles ont cessés.

« Je pense que le fait d’être en médecine m’a aidé ici, car je savais les conséquences gravissimes des vomissements ». Les crises ont bel et bien cessé, mais son poids restait faible.

Exemple de petit dejeuner @90pour100healthy

Plus tard, pendant une semaine de vacances en Espagne avec sa sœur, elle décide d’enfin lâcher prise et de profiter des buffets à volonté. A son retour, elle avait pris du poids, ce qui lui fut impossible à encaisser : Elle se remit au régime.

Le poids a été perdu au courant de l’hiver, et les complications sont arrivées: « Froid insoutenable, hypoglycémies encore plus violentes, douleurs osseuses et crampes nocturnes, insomnies, incapacité à se concentrer, à courir après mon tramway … »

« Je ne sais même plus quand j’ai commencé à compter mes calories mais ça devait être vers cette période. La plus belle erreur je crois, j’étais au summum de la maitrise […] je pouvais chiffrer cette diminution ! Enfer ou paradis ? A l’époque j’aurais dit paradis. »

Bien heureusement aujourd’hui, avec le soutien de sa psychologue, elle est sur la route de la guérison.

Quelle évolution ? Quel impact sur sa carrière ? Est-ce que le fait de prendre en photo ses repas n’entretient pas sa préoccupation pour la nourriture ? Comment cette maladie est vécue par son entourage ?

Ce sont toutes des questions auxquelles elle a répondu.

Le but secret de ce blog est l’empowerment des jeunes femmes : les aider à prendre soin de leur santé, à booster leur estime de soi, parce que toutes les femmes devraient avoir le droit de se sentir comme si elles étaient possédées par Beyoncé.

Il y a malheureusement beaucoup d’histoires similaires à celle de Marie-Ange. Mais plutôt que de trop remuer le passé, je préfère focaliser l’attention sur les précieux conseils qu’elle a donné pour se sortir de cette spirale.

Peut-être cet article t’a interpellé parce que tu es toi-même dans la même situation… Donc faisons en sorte de te donner quelques pistes pour t’en sortir.

Si tu tiens à lire la version complète de l’interview, entre simplement ton adresse ici. Juré craché, je ne t’enverrai que ça !

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Comment s’en sortir ? Les premiers pas :

« – ACCEPTEZ que vous êtes malade, et donc de vous faire aider : il n’y a pas de honte à avoir un cancer, il ne devrait pas en avoir d’être touché par les TCA. Peu importe les TCA d’ailleurs. La boulimie ou l’hyperphagie ne sont pas plus honteuses que l’anorexie.
– Trouver de vraies raisons de vous battre : les TCA touchent souvent des personnes jeunes. Battez vous pour votre vie, votre avenir. Ne passez pas votre jeunesse à la gâcher, pour ensuite le regretter toute votre vie. Et donc une nouvelle fois, acceptez les mains que l’on vous tend.
– La recovery est longue, difficile, et ce n’est pas linéaire. Si la descente peut avoir l’air d’un long fleuve tranquille, la remontée n’en est pas un. Il y aura des rechutes, mais l’important est de se relever coûte que coûte. Vous avez le droit de tomber, mais pas de rester au sol.
– N’oubliez jamais que ce que vous faites à votre corps peut être définitif : insuffisance rénale, ostéoporose, troubles métaboliques, infertilité, troubles de la croissance et troubles hormonaux … votre corps n’est pas invincible. Plus vous descendrez, plus vous avez de chance de ne pas remonter indemne. »

Un exemple de recette de @90pour100healthy, en recovery de trouble du comportement alimentaire

Et l’entourage, comment peut-il aider ?

 » – UN conseil majeur : OSEZ EN PARLER ! Oser aller voir cette personne en face, pour lui demander ce qui ne va pas. Oui vous serez maladroit, oui en face on va vous répondre méchamment, vous insulter, pleurer. Mais au moins, vous aurez mis le doigt sur un problème. Et même si la personne ne vous aura pas écouté dans vos conseils, au moins elle vous aura entendu. […]
– Prenez des nouvelles, régulièrement. Sans forcément demander « t’as mangé quoi ce midi », on est pas des bêtes de foire à épier, mais plutôt savoir si c’est dur en ce moment, quelles sont nos petites victoires, etc …
– […] Ne forcez pas constamment la personne à manger, mais n’arrêtez pas de lui proposer non plus. Car quand on arrête de proposer des sorties, une part de gâteau, la maladie gagne et on rentre dans une zone de confort où les troubles prennent toute la place, en écrasant complètement la partie de nous, la partie de la vie, que ça « frustre » de refuser une occasion.
– Enfin, n’oubliez jamais, que ce n’est pas parce que le corps est guéri que l’esprit est guéri. Prendre du poids est une chose, l’accepter en est une autre. »

Marie-Ange @90pour100healthy

 

De l’extérieur, Marie-Ange peut paraître guérie, mais ce n’est pas ce qu’elle ressent à l’intérieur :

« Aujourd’hui je n’ai plus l’air au fond du seau, mon alimentation est correcte et je ne fais plus misère à voir. Mais mentalement, ce sera encore long. Encore long de manger sans se poser des questions, encore long de manger à des heures inhabituelles, ou au restaurant, ou avec des amis, de ne pas faire de sport de la journée. Mais pour beaucoup, je suis désormais « une personne très mince qui sait comment manger », car de l’extérieur je mange peut être très sainement, mais à l’intérieur, c’est toujours Bagdad dans ma tête, que ce soit au niveau de mon alimentation ou de la vision que j’ai de moi même. J’essaie de faire au mieux pour redonner de la normalité aux choses et une bonne fonctionnalité à mon métabolisme qui tourne encore à demi régime. Alors je me passerai volontiers des « tu n’aurais pas quelques conseils pour maigrir un peu ? »… »

 

En souhaitant à Marie-Ange tout le meilleur pour la suite, je vous invite à partager vos impressions et témoignages dans les commentaires ci-dessous !

Quelques ressources utiles si besoin d’aide :

France – Numéro vert « Anorexie Boulimie, Info Ecoute » : 0810 037 037

Suisse – Association Boulimie Anorexie (ABA)

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